Auteur(es) : Béatrice Pudelko, Josianne Basque
Une carte de connaissances est une représentation graphique d’un ensemble de connaissances d’un domaine. Elle se différencie d’une représentation textuelle par sa structure délinéarisée, qui prend la forme d’un réseau graphique. En effet, dans une carte de connaissances, les connaissances sont représentées de manière schématique et bidimensionnelle sous la forme d’un réseau de nœuds et d’arcs. Les nœuds représentent les idées importantes ou les connaissances, et les arcs, les relations (ou liens) que le concepteur de la carte établit entre les connaissances.
Les connaissances (ou nœuds) sont représentées au moyen d’un mot ou d’un ensemble de mots, alors que les relations (ou arcs) sont représentées au moyen de traits simples ou fléchés de manière à donner une direction aux relations établies. On peut aussi placer des étiquettes textuelles sur les traits, de manière à spécifier davantage la nature des liens établis entre les connaissances.
La triade « nœud-arc-nœud » forme ce que l’on appelle une proposition. La proposition est l’unité de signification de base d’une carte de connaissances. Celle-ci peut être jugée valide ou non valide dans un contexte donné. Par exemple, un lien portant l’étiquette est une sorte de pourrait lier une connaissance appelée carte de connaissances à une autre connaissance appelée représentation externe des connaissances ; la triade « carte de connaissance - est une sorte de - représentation externe des connaissances » constitue alors une proposition. Cette proposition s’avère valide (alors que la proposition inverse serait non valide).
On retrouve cette proposition dans la Figure 1 qui présente une carte de connaissances représentant le domaine... des cartes de connaissances !

Un tel type de représentation de connaissances est désigné par des termes variés : carte conceptuelle (concept map) (sans doute le terme le plus utilisé à ce jour), carte ou réseau sémantique (semantic map, semantic network), réseau de connaissances (knowledge network) ou encore modèle de connaissances (knowledge model). Il existe certaines nuances entre ces représentations mais nous adoptons, pour notre part, l’expression plus générique de carte de connaissances que nous définissons ainsi : « Une carte de connaissances est une représentation d’un domaine de connaissances prenant la forme d’un réseau d’objets graphiques, élaboré selon une convention de représentation préétablie ».
On peut réaliser des cartes de connaissances sans recourir aux outils informatisés, en les traçant au crayon directement sur une feuille de papier ou en utilisant des feuillets adhésifs (post-it). On peut aussi construire des cartes de connaissances avec des logiciels tels que Word, Visio ou PowerPoint ou avec des logiciels de dessin. Mais les outils informatisés dédiés spécifiquement à cette fin (computer-supported concept mapping) dont il est question dans ce dossier offrent des avantages évidents : facilité de création et de modification de la carte, possibilité de stockage, modes variés de visualisation de la carte, fonctions de recherche, possibilité de création de sous-cartes, rattachement de textes, images ou clips vidéo aux noeuds et aux liens, construction collaborative d’une carte à distance, évaluation automatisée des cartes, conversion des cartes en liste textuelle ou tableau, etc.
Dans ce dossier, nous traitons de l’usage qu’il est possible de faire de ces logiciels de construction de cartes de connaissances en contexte d’apprentissage et plus spécifiquement d’activités d’apprentissage intégrant la construction de cartes de connaissances, destinées essentiellement à une clientèle adulte dans un cadre de formation universitaire ou de formation continue. Ces logiciels constituent des « outils métacognitifs » car ils supportent et favorisent, chez les étudiants, la réflexion sur leurs propres processus cognitifs et sur leur démarche d’apprentissage dans un domaine de connaissances (Lin, Hmelo, Kinzer et Secules, 1999), et ce, quel que soit le domaine d’apprentissage.
Les cartes de connaissances peuvent varier en fonction : (1) de leur structure générale, (2) du mode de représentation des noeuds (connaissances), et (3), du mode de représentation des arcs (relations). Les logiciels de construction de cartes de connaissances se distinguent notamment par la façon dont ils déterminent ou structurent ces différents aspects.
1) Types de structures des cartes de connaissances
Certains logiciels imposent un type spécifique de structure à la carte, alors que d’autres permettent d’élaborer différentes structurations de connaissances, au choix de l’usager. On distingue notamment les structures suivantes :
2) Types de représentations utilisées pour les noeuds
Dans tous les cas, les noeuds (les connaissances) sont représentés par des expressions plutôt brèves (un mot ou plusieurs mots), généralement entourées d’une forme graphique. Souvent, une seule forme graphique est utilisée pour représenter toutes les connaissances dans une carte. Dans ce cas, les types de connaissances ne sont pas distinguées entre elles : elles sont dites « non typées » (voir la Figure 6).

Dans d’autres cas, différentes formes graphiques (rectangles, ovales, etc.) sont utilisées à titre d’indices visuels permettant de distinguer différents types de connaissances. On dit alors que les connaissances sont « typées ». Ainsi, dans l’exemple représenté à la Figure 7, deux types de connaissances sont distinguées : des connaissances procédurales (ou processus) (représentées par des ovales) et des connaissances conceptuelles (ou catégories d’objets concrets ou abstraits) (représentées par des rectangles).

3) Types de représentations utilisées pour les arcs
La plupart des logiciels permettent d’indiquer la direction des liens et de les nommer pour exprimer plus spécifiquement la signification de la relation entre les connaissances. La carte de la Figure 8 présente le même domaine des connaissances que celui représenté à la Figure 6 (soit celui des « méthodes d’étude de la matière »), mais à l’aide de liens non étiquetés.

Comme on peut distinguer les types de connaissances, on peut aussi « typer » les liens. À la Figure 9, on retrouve la même carte de connaissances que celle présentée à la Figure 7, mais avec une représentation « typée » tant des connaissances que des liens. Dans cette carte, on retrouve trois types de liens : des liens de composition (C), des liens de régulation (R) et des liens de spécialisation (S) (qui expriment la relation « est une sorte de »).

Il est à noter que la majorité des outils de construction de cartes de connaissances actuels ne proposent pas de typologies prédéfinies de connaissances ou de liens. Ceux qui proposent une typologie de liens (ex. : Model It, MOT, SemNet, Belvedere) fournissent à l’usager un menu présentant des catégories de liens. Le logiciel MOT propose, quant à lui, à la fois une typologie de connaissances et une typologie de liens.
Le nombre de logiciels de construction de cartes de connaissances de toutes sortes est en progression constante (Basque, Rogozan et Pudelko, 2004). Pour une revue des caractéristiques principales des outils, on peut consulter Basque et Pudelko (2003a). Nous présentons ci-dessous quelques logiciels conçus pour un usage éducatif et disponibles gratuitement ou sous licence.
Logiciels de construction de cartes de connaissances de structures variées
Ces logiciels permettent de créer des cartes de connaissances structurées de diverses façons, dépendamment du but visé par l’usager.
Logiciels de construction de cartes causales
Ces logiciels permettent de représenter des relations de cause à effet dans l’objectif de favoriser chez des étudiants la compréhension des relations entre les éléments de systèmes complexes.
En quoi l’activité de construction de cartes de connaissances serait-elle favorable à l’apprentissage chez l’étudiant qui élabore ces cartes ? Nous passons ci-dessous en revue quelques avantages de la construction des cartes de connaissances rapportés dans la littérature. Nous mentionnerons par la suite quelques difficultés susceptibles d’être éprouvées par les étudiants lors d’une telle activité.
Des apprentissages signifiants : Selon Ausubel (1968), la création de liens entre les connaissances est fondamentale dans le processus de construction de connaissances puisqu’une information ne peut devenir une connaissance tant qu’elle n’est pas reliée de façon signifiante aux connaissances antérieures d’un individu. C’est d’ailleurs en s’appuyant sur cette théorie que les premiers usages de la carte conceptuelle en éducation ont été élaborés dans les années 1980 (Novak et Gowin, 1984).
Une aide à la structuration des connaissances : Le fait de nommer les connaissances incluses dans la carte et de rendre explicites et plus précises des associations implicites et souvent confuses de mots favorise la construction de significations (Fisher, 2000) ainsi que l’organisation des connaissances en structures mentales cohérentes.
Un traitement interne actif des connaissances : L’activité consistant à faire construire des cartes de connaissances incite l’apprenant à créer et à réviser constamment ses représentations internes (Anderson-Inman et al., 1998). Pour Anderson-Inman et Zeitz (1993), l’activité de création de cartes conceptuelles constitue une « stratégie d’étude active pour des apprenants actifs ». Pour Jonassen (Jonassen et Marra, 1994 ; Jonassen,1998 ; Jonassen, 2000), l’activité de construction d’une carte de connaissances incite les apprenants à s’engager dans des processus de traitement profond des connaissances visées.
Un outil d’amplification cognitive : Pour McAleese (1998) et Fisher (1990), la carte de connaissances constitue une extension de la mémoire de travail et permet ainsi de réduire la charge de traitement cognitif.
Un moyen de favoriser la pensée réflexive : La carte de connaissances permet à l’apprenant d’adopter une position d’observateur face à ses propres connaissances et à ses processus cognitifs. C’est un excellent exercice pour apprendre à « manier les idées » (Novak et Gowin, 1984).
Un outil d’autorégulation cognitive : La construction de cartes de connaissances peut faire émerger chez l’individu ce que Piaget a appelé des conflits cognitifs pouvant mener au changement conceptuel (Tsai, 2000). Placé devant de tels conflits, le sujet met en œuvre un processus d’autorégulation cognitive, conçu comme un processus intentionnel de résolution de tensions internes entre les représentations mentales de l’apprenant et leur représentation externe (McAleese, 1998). C’est pourquoi, pour Novak et Gowin (1984), l’activité de construction d’une carte conceptuelle permet d’ « apprendre à apprendre ».
Une aide à la compréhension et à la mémorisation d’une représentation du domaine décrit dans un texte : Des recherches ont mis en évidence le rôle facilitateur de la création de cartes de connaissances pour la lecture et la mémorisation (Breuker, 1984).
De manière générale, les étudiants mettent du temps à se familiariser avec un nouveau mode de représentation des connaissances et certains y sont réfractaires. Il faut dire que les représentations textuelles sont nettement favorisées tout au long du parcours scolaire et que la formation à la production de représentations graphiques de connaissances est quasi absente des programmes. En outre, l’enseignement de relations complexes entre les concepts est souvent négligé au profit d’une présentation de concepts sous forme de définitions ou de descriptions isolées et détachées du contexte (Faletti et Fisher, 1996). C’est pourquoi si l’exercice favorise un traitement mental profond de l’information, il peut aussi causer une surcharge cognitive chez les étudiants débutants (Chang, Sung et Chen, 2002).
Plusieurs auteurs s’accordent pour dire que la difficulté la plus grande dans l’élaboration de cartes de connaissances en situation d’apprentissage est l’étiquetage des liens entre les connaissances (Basque, Pudelko et Legros, 2003 ; Jo, http ; Novak et Gowin, 1984 ; Fisher, 1990 ; Roth et Roychoudhury, 1992). Selon Fisher (1990), les étudiants tendent soit à ne pas nommer les liens ou à utiliser des termes très généraux, soit encore à multiplier les noms pour des relations dont la signification est proche ou synonyme. Ces difficultés sont dues au fait que bien qu’habituellement nous percevions les relations, nous ne les conceptualisons pas nécessairement, à moins d’y être contraints par la situation ou par la tâche. Il faut dire que la conceptualisation des liens constitue un subtil dosage entre généralisation et discrimination des relations entre les connaissances, afin de parvenir à une représentation à la fois économique et exhaustive du domaine.
La démarche de développement d’une activité d’apprentissage faisant appel aux outils informatiques de construction de cartes de connaissances est similaire à celle mise en jeu pour toute autre activité d’apprentissage. Au cours du processus de création du scénario pédagogique, le professeur devra prendre notamment des décisions sur les aspects suivants :
L’objectif principal de l’activité qui peut consister à :
La provenance des connaissances à représenter : Les connaissances à représenter peuvent être puisées dans un ou plusieurs textes (manuel, notes de cours, ouvrages, articles) ou encore dans un ensemble de ressources du cours (exposé magistral + lectures obligatoires + visionnement d’une vidéo). Les connaissances à représenter peuvent aussi être les « connaissances antérieures » des étudiants ; ainsi, avant une leçon ou un cours, il est possible de demander aux étudiants d’élaborer une carte des connaissances qu’ils possèdent déjà dans un domaine donné.
La durée, la fréquence et le moment de l’activité : La construction de cartes de connaissances peut constituer une activité unique et à durée limitée (de 20 minutes à plusieurs heures). Elle peut aussi constituer une activité prolongée : les étudiants élaborent, révisent et corrigent leur carte de connaissances durant plusieurs cours portant sur un domaine, ou même durant tout un trimestre. Dans ce dernier cas, la carte produite peut être considérée comme représentant l’ensemble des connaissances du cours selon le point de vue des étudiants.
Le statut de l’activité dans le cours : La construction de la carte de connaissances peut constituer :
La modalité de réalisation de la carte (individuelle versus collective) : La construction individuelle constitue la modalité la plus fréquemment rapportée dans la littérature. La construction collective est moins exploitée, mais constitue cependant une option très intéressante. Elle favorise la discussion, la confrontation de points de vue et la négociation de significations des connaissances et de leurs relations. De plus, les interactions durant la construction de la carte peuvent permettre aux participants d’observer le partenaire agir et d’en tirer des règles de pensée et de comportement, de confronter leurs connaissances à celles du partenaire, d’intérioriser les stratégies déployées ou les réflexions émises par le partenaire et, à certaines occasions, d’être guidés et accompagnés par le partenaire, qui joue alors le rôle de tuteur. La construction collaborative peut s’effectuer :
La documentation ou non de la carte : L’activité de construction de cartes de connaissances gagne à être complétée par une description verbale, écrite ou orale de son contenu, surtout dans la modalité individuelle. La description verbale aide à améliorer la cohérence de la représentation des connaissances, probablement parce qu’elle conduit à une confrontation enrichissante de deux modes de représentation des connaissances, verbal et spatial, à la fois différents et complémentaires.
La formation préalable requise : Une formation préalable à la construction des cartes de connaissances semble nécessaire, surtout dans le cas où l’activité est contrainte par une formalisation des liens et des connaissances (c.-à-d. par l’usage de typologies de liens et de connaissances) ou de la structure. Une formation technique à l’utilisation du logiciel choisi peut aussi s’avérer nécessaire. La méthode de formation la mieux appropriée semble être celle qui combine de courts exercices sur l’application des contraintes de l’outil ou de l’activité et une réalisation guidée de cartes de connaissances dans le domaine cible.
Le choix de l’outil de construction de cartes de connaissances : Devant la variété des outils disponibles, l’enseignant, mis à part les critères financiers, devra s’interroger sur les aspects suivants :
Bien sûr, les caractéristiques générales des activités d’apprentissage impliquant la construction de cartes de connaissances qui sont décrites ci-dessus ne constituent qu’une catégorisation schématique des différentes possibilités de structuration d’un scénario d’apprentissage. De nombreuses variantes et combinaisons de ces contraintes sont possibles. En voici quelques-unes :
On demande aux étudiants de générer un certain nombre de concepts-clés d’un domaine au cours d’un remue-méninges collectif, puis de construire des cartes individuellement ou en équipe.
Les étudiants construisent les cartes de connaissances individuellement, puis participent à une séance de rémue-méninge dont l’objectif est de produire une carte unique et commune.
Les productions collaboratives ou individuelles peuvent donner lieu à des exposés oraux en classe.
On demande aux étudiants de générer (individuellement ou collectivement) une liste de concepts-clés, d’écrire tout ce qu’ils savent sur ces concepts et finalement de construire une carte (collective ou individuelle).
Les étudiants génèrent d’abord individuellement une liste de concepts et la comparent ensuite avec celle produite par un collègue afin de s’entendre sur une liste de concepts commune, et, finalement, construisent une carte de connaissances (individuellement ou collectivement).
On voit que la conception des activités incluant la construction d’une carte de connaissances semble n’avoir pour limite que l’inventivité des professeurs...
Cette section présente trois approches de construction de cartes de connaissances : leurs objectifs, les méthodes proposées et les logiciels utilisés pour les construire.
L’activité de construction des cartes de connaissances hiérarchiques (concept mapping, knowledge mapping) se base sur la théorie de l’apprentissage signifiant d’Ausubel (1963) dans laquelle elle constitue une stratégie permettant d’« apprendre à apprendre ». Élaborée pour contrer la stratégie scolaire habituelle consistant à « apprendre par cœur », surtout en biologie, cette stratégie vise à favoriser la construction de la signification d’un concept et non seulement la mémorisation du mot qui le désigne. Ses tenants postulent qu’un apprentissage centré sur la construction des relations entre des concepts permet à l’apprenant d’approfondir la compréhension de la signification des mots. Les cartes de connaissances produites dans cette approche incluent les connaissances (appelées ici concepts) les plus importantes d’un domaine, inscrites dans des formes graphiques simples (boîtes, ovales ou cercles), connectées par des liens étiquetés, habituellement par un verbe. Les relations entre concepts sont toujours bidirectionnelles. Les cartes sont structurées hiérarchiquement, du haut vers le bas, cette direction étant aussi celle de la lecture de la carte.
Un format standard de création et de présentation de cartes conceptuelles (concept map) a été adopté en 1992 à la réunion nationale de la National Science Teachers Association (Wandersee, 1992). La démarche de construction suivante est suggérée :
Bien que cette démarche fût initialement élaborée pour une construction à l’aide de papier-crayon, elle est facilement réalisable avec tout logiciel qui permet la construction des connaissances non typées et des liens étiquetés et qui permet également la structuration hiérarchique. Les logiciels fréquemment utilisés pour construire des cartes conceptuelles sont SemNet, Inspiration et Cmap.
Cette approche est issue de recherches menées au début des années 1980 sur les stratégies de lecture active, sous l’impulsion de résultats empiriques mettant de l’avant l’importance du rôle actif du lecteur dans la construction de représentations durant l’activité de lecture. Plusieurs techniques ont été élaborées et décrites sous le nom commun de « stratégies spatiales d’apprentissage » (spatial learning strategies) (Holley et Dansereau, 1984). Ces stratégies ont pour but d’amener le lecteur à transformer la représentation textuelle en représentation spatiale de façon à préserver et à rendre explicites les informations sur la structure du domaine des connaissances, tant au plan local (relations entre les propositions) que global (le domaine entier).
La démarche générale d’une stratégie spatiale d’apprentissage est la suivante :
Cette activité peut être réalisée soit avec des logiciels qui proposent des typologies des connaissances ou des liens prédéfinis (dans ce cas, il faut s’interroger préalablement sur la pertinence de la typologie pour le domaine de connaissances visé), soit encore avec des logiciels qui permettent d’étiqueter soi-même les liens (dans ce cas, les consignes concernant la typologie des liens peuvent faire partie de la consigne générale de l’activité). La Figure 10 présente une carte de connaissances construite par une étudiante novice dans le domaine, mais connaissant bien l’approche de construction de cartes de connaissances proposée dans le logiciel MOT, au cours de la lecture d’un texte portant sur la gestion des déchets. On peut constater que certaines connaissances, relations et propositions représentées constituent des inférences construites par cette étudiante, puisque ces connaissances ne figurent pas comme telles dans le texte. Ces inférences témoignent de son effort de construction d’une représentation cohérente de la situation décrite dans le texte.
Texte : La gestion des déchets.
L’élimination des déchets se fait de deux façons principales : l’incinération et l’enfouissement. L’incinération, qui est la méthode la plus onéreuse, consiste à brûler les déchets dans un four à des températures de 500 à 1000 degrés Celsius. La matière organique est alors transformée en gaz tandis que le reste des déchets devient un résidu (cendres). Cette technique permet d’éliminer entre 85 et 90 % du volume initial des déchets, mais les résidus doivent obligatoirement être éliminés dans un lieu d’enfouissement sanitaire.

On trouvera dans Basque, Pudelko et Legros (2003) un exemple d’une activité d’apprentissage fondée sur la construction d’une carte de connaissances dans l’esprit général de cette démarche. Cette activité est expérimentée dans un cours en ligne à la Télé-université et le logiciel recommandé aux étudiants pour réaliser cette activité est le logiciel MOT. L’article est disponible en ligne.
Ce type de cartes de connaissances présente un potentiel intéressant pour investiguer des processus dynamiques et des domaines complexes. On trouve sur le site de Intel@innovation quelques idées d’activités d’apprentissage intégrant la construction de cartes causales avec le logiciel Seeing Reason. Cette démarche peut être adaptée à différents publics étudiants et réalisée avec d’autres logiciels, par exemple ceux qui permettent de construire des cartes en réseau. La démarche proposée est collaborative (en équipes de deux ou plus) et consiste à :
D’autres démarches et activités d’apprentissage impliquant la construction des cartes causales sont proposées sur les sites décrivant les logiciels Belvedere et Model-It.
Plusieurs méthodes d’évaluation de cartes de connaissances réalisées en contexte d’apprentissage ont été proposées à ce jour. Certains chercheurs suggèrent même d’utiliser les cartes de connaissances comme méthode « alternative » aux tests traditionnels ou aux questionnaires à choix multiples pour évaluer les apprentissages (Ruiz-Primo et Shavelson, 1996).
Les méthodes d’évaluation de cartes de connaissances vont d’une approche « globale » qui consiste à attribuer une note globale à la carte selon une analyse « impressionniste » de la carte par l’enseignant à des méthodes « quantitatives » qui consistent à faire le décompte des différentes composantes de la carte et à leur attribuer une valeur numérique selon une grille de notation prédéfinie. Par exemple, on peut faire le décompte des connaissances, des liens, des propositions, des niveaux hiérarchiques...
Dans leur grande majorité, les méthodes d’évaluation ne sont que rarement purement « quantitatives » : elles intègrent une analyse de contenu (donc une méthode « qualitative »). L’analyse de contenu devient nécessaire dès qu’on veut évaluer la qualité d’une proposition représentée dans la carte. Pour ce faire, il est nécessaire d’élaborer une grille catégorielle (comportant, par exemple, trois niveaux : valide, partiellement valide et non valide) dont il faudra expliciter les critères qui permettront de juger de la validité ou de la pertinence d’une proposition.
Parmi les méthodes « mixtes », combinant le comptage et l’analyse du contenu, figure la méthode proposée par Novak et Gowin (1984), sans doute la plus populaire. Elle consiste à faire le décompte :
Pour une description détaillée de cette méthode, on peut consulter l’article de Shaka et Bitner (1996).
Les travaux récents délaissent le comptage des composantes de la carte au profit de techniques permettant de comparer la carte des connaissances de l’apprenant à une carte produite par un expert du domaine (par exemple, un professeur) ou par un groupe d’experts (Osmundson et al., 1999). On trouvera un exemple d’application d’une telle méthode dans Basque et Pudelko (2003b).
Certaines recherches visent à intégrer aux logiciels de construction de cartes de connaissances des fonctionnalités d’évaluation des cartes, par exemple en calculant le nombre de liens ou de connaissances ou en fournissant un tableau spécifiant les différentes connaissances qui sont reliées dans une carte, ou même en faisant un calcul automatique du score de similarité entre une carte et une « carte modèle » (Anderson-Inman et Ditson, 1999 ; Chang et al., 2001).
Soulignons qu’aucune méthode ou outil d’évaluation du processus de construction de cartes de connaissances n’a été proposée à ce jour. Compte tenu des objectifs et des modalités d’évaluation des apprentissages généralement valorisés dans les contextes éducatifs, l’évaluation du produit de ce processus (c.-à-d. les cartes produites) est sans doute plus simple à mettre en œuvre. Mais nous pensons que l’évaluation du processus de construction de cartes de connaissances permettrait de fournir des indices extrêmement utiles au professeur désireux de mieux comprendre les processus cognitifs et métacognitifs mis en oeuvre par les étudiants au cours d’une démarche d’apprentissage intégrant la construction de cartes de connaissances.
En septembre 2004 s’est tenu à Pamplona en Espagne le premier congrès international sur le Concept Mapping, dont on peut consulter les Actes en ligne. Cet événement confirme la maturité de ce domaine de recherche, qui a pris une ampleur grandissante depuis la fin des années 1970.
Dans leur grande majorité, les recherches empiriques dans le champ éducatif concernent des expérimentations de construction de cartes au papier/crayon, mais la part des recherches impliquant des outils logiciels est en progression constante. La majeure partie de ces recherches concerne l’enseignement des sciences (Wandersee, 2000), surtout la biologie (Fisher, Wandersee et Moody, 2000), mais on en trouve de plus en plus dans d’autres domaines. Les recherches sont nombreuses et, étant donné la grande variabilité des activités, des méthodes de construction et des méthodes d’évaluation des cartes utilisées, il est difficile de les comparer pour en tirer des conclusions générales. Quoi qu’il en soit, nous dégageons quelques tendances permettant de répondre à différentes questions de recherche.
Déjà en 1993, Horton et al. (1993) publiaient une méta-analyse des recherches dans le domaine et en concluaient que la construction de cartes de connaissances a un effet positif modéré sur les apprentissages et des effets très positifs sur l’attitude des étudiants. Cependant, si on prend soin de comparer la stratégie de construction de cartes de connaissances avec une autre stratégie d’apprentissage (ex. : la prise de notes), les résultats sont contradictoires (Markow et Lonning, 1998). Certaines expérimentations ont montré que les étudiants utilisant la stratégie des cartes obtiennent de meilleures performances à des tests de rappel que les étudiants utilisant des stratégies de leur cru (Holley et Dansereau, 1984). Plus généralement, on peut dire que le scénario de l’activité de construction des cartes ainsi que la compatibilité de la méthode de construction adoptée avec les objectifs d’apprentissage et avec la structure du domaine jouent un rôle primordial dans la réussite des étudiants.
Certains chercheurs ont comparé des situations où les sujets devaient soit construire des cartes, soit simplement lire des cartes de connaissances. Les résultats sont généralement en faveur du groupe de sujets qui ont généré des cartes (Jo, 2001 ; Spiegel et Barufaldi, 1994 ; Tan, 2000).
Holley et Dansereau (1984) ont comparé les effets de l’usage ou non de typologies de liens sur la performance d’étudiants. Les résultats indiquent que les étudiants ayant des habiletés verbales faibles profitent davantage de l’approche contrainte, alors que ceux ayant des habiletés verbales plus élevées peuvent profiter de la stratégie moins structurée. Reader et Hammond (1994) ont montré, pour leur part, que des sujets utilisant une typologie de liens et de connaissances lors de la construction de cartes ont produit des cartes jugées plus complètes, plus efficaces à communiquer les principaux points du texte et plus compatibles avec l’objectif de l’activité que ceux n’ayant pas utilisé l’approche contrainte. Gordon (1996) résume ainsi les avantages de l’approche contrainte pour modéliser des connaissances :
Quelques recherches ont démontré que la construction de cartes de connaissances en dyade ou en petit groupe s’avère plus bénéfique pour l’apprentissage que la construction individuelle de cartes (Okebukola et Jegede, 1988) ou encore que la réalisation d’autres types d’activités collaboratives (Van Boxtel et al., 2000 ; Osmundson et al., 1999 ; Stoyanova et Kommers, 2002). Les cartes individuelles de ceux qui ont construit des cartes en situation collaborative contiennent plus de nouveaux concepts et plus de liens entre les connaissances, ainsi que moins de connaissances erronées (Osmundson et al., 1999 ; Stoyanova et Kommers, 2002).
Depuis quelques années, on remarque un intérêt pour des situations de coconstruction de cartes de connaissances à distance dans les recherches. Le travail se fait alors généralement au moyen d’un outil de partage de fichiers jumelé à un outil de chat. Généralement, les individus « se passent la main » pour réaliser le travail à tour de rôle et chacun peut visualiser le travail commun effectué dans la zone de partage de fichier. Bien que les échanges contiennent des épisodes de coopération complexe (Chiu, Wu et Huang, 2000) et de construction de savoir partagé (Fischer et Mandl, 2000, 2001), le contexte de la distance semble poser des défis importants aux individus (Suthers et al., 2002 ; van Boxtel et Veerman, 2001). Les cartes ainsi coconstruites seraient de faible qualité (Chung et al., 1999). Les recherches portant sur les effets de l’activité de coconstruction de cartes à distance sur l’apprentissage ne sont pas concluantes à ce jour (Basque et Pudelko, 2004 ; Suthers et al., 2002).
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