Intégration des TIC et nouvelle pédagogie universitaire
Michel Sasseville, a professor with the philosophy faculty at Laval University, has received the 2005 Excellence and Innovation in Instructional Design award from the Canadian Association for Distance Education (CADE) for his course, "L’observation en philosophie pour les enfants."
The online multimedia course has been available to philosophy students since January 2005. The course’s pedagogical approach is based on observing children engaged in philosophical research activities. Students have access to audiovisual material allowing them see and observe the Grades 1, 3 and 6 children, who were filmed in real classroom situations. Throughout the course, students are encouraged to help create a virtual philosophical inquiry and research community.
Below is Professor Sasseville’s acceptance speech for the award, in which he provides an overview of his production process : partners and collaborators, the course’s initial objectives, the project’s innovative Web use, the potential the pedagogical materials hold for other disciplines, and the interest shown in the course by specialists abroad.
Par Michel Sasseville
Professeur, Faculté de philosophie
Université Laval
J’aimerais vous dire d’entrée de jeu que jamais je n’avais imaginé il y quatre ans, c’est-à-dire au moment où un cours à distance en philosophie pour les enfants a commencé à poindre dans l’imagination de certains, qu’un jour nous serions ainsi réunis pour célébrer la remise du Prix d’excellence et d’innovation de l’Association canadienne pour l’éducation à distance. Il faut dire aussi qu’en mai 2001, j’étais loin d’être capable d’imaginer le potentiel et l’ampleur de la tâche qui est en jeu lorsqu’il s’agit de mettre sur pied un cours à distance combinant à la fois la télévision et Internet. Fort heureusement, des personnes possédant des compétences exceptionnelles, telle Nicole Marchand, scénariste mais aussi étudiante au 2e cycle en philosophie, le personnel du Bureau de la formation à distance et notamment Claude Potvin, Gilles Martin et Jean-Benoît, de même que Bertrand Weissgerber, producteur, Pascal Alain, réalisateur à l’emploi de La boîte de production Vélocité dirigée par madame Valérie Bissonnette, et Mario Lelièvre, consultant en conception multimédia, toutes ces personnes aux talents remarquables m’ont permis peu à peu d’imaginer ce potentiel et de saisir que la formation à distance nous conduit non seulement à rêver, mais aussi et surtout à faire de ce rêve une réalité : celle de pouvoir améliorer la formation de nos étudiants et étudiantes et, par voie de conséquence, de maintenir la réputation de notre Université qui est reconnue internationalement comme une institution où la recherche est aussi au service de l’enseignement.
1- La naissance d’une idée
Le cours L’observation en philosophe pour les enfants est né à la fois d’un besoin et d’une exigence : le besoin d’offrir aux étudiants la possibilité d’observer des enfants qui pratiquent la philosophie en communauté de recherche, et l’exigence de conserver l’essentiel de la pédagogie qui sous-tend les cours offerts sur le campus dans ce domaine. Utilisant une formule pédagogique qui s’inspire du socioconstructivisme, ce cours permet à l’étudiant d’apprendre à observer finement de multiples scènes de dialogues d’enfants, de les analyser et de les commenter sous forme de rapports. Ces rapports d’observation sont ensuite confrontés et discutés avec les autres étudiants du cours, de façon telle que la personne apprenante devient à la fois l’observatrice des conduites et des opinions des enfants et la participante au sein d’une communauté de recherche virtuelle.
Le défi était de taille. Non seulement fallait-il mettre sur pied une série documentaire télévisée, ce qui en soi est déjà toute une histoire, mais aussi créer une formule pédagogique sur le Web qui permettrait de respecter les principes mêmes qui font la réputation et la qualité du projet de philosophie pour les enfants, notamment le fait que les enfants et les étudiant-es universitaires qui souhaitent apprendre à animer une telle pratique avec les enfants sont au centre de leur apprentissage. Dans ces conditions, loin d’être les témoins d’un spectacle qui les charme, ils sont plutôt les acteurs de leur propre lucidité. Or, si pour la série télévisée, nous avons en partie suivi les traces de ceux qui nous ont précédés en créant une série documentaire présentant une facture somme toute assez classique, il en va tout autrement de la partie Web. En effet, la dimension du cours qui se présente en ligne n’a pas, à ma connaissance, d’équivalent à ce jour et les membres du jury du prix ont vraisemblablement été conquis par cet aspect innovateur du projet. À cela, il faut peut-être ajouter la richesse des médias d’apprentissage, l’organisation du contenu du cours, les liens entre les objectifs du cours et les activités d’apprentissage, et la présence d’éléments de motivation pour l’étudiant allant de la possibilité de pouvoir observer des enfants et des enseignants engagés dans l’acte de philosopher à celle de voir ses écrits publiés et lus par l’ensemble des étudiants inscrits au cours.
2- Le soutien institutionnel
Il ne faut pas être dans le secret des dieux pour saisir à quel point un tel projet suppose une dimension financière importante. Je voudrais profiter de ce moment pour remercier très sincèrement tous ceux et celles qui ont cru au potentiel de l’entreprise, à commencer par le vice-rectorat aux études qui a généreusement contribué, dès le départ, à la mise en route du projet. Je suis convaincu que les avis de madame Line Grisé ne sont pas étrangers à tout cela.
Puis, bien sûr, le Canal Savoir qui, lui aussi, dès le début, a estimé qu’un tel cours valait un investissement considérable.
À cela s’ajoute la présence du Réseau de valorisation de l’enseignement qui, par l’entremise de deux subventions de son programme APTIC, nous aura permis de construire la partie Web de ce cours. Comme j’aurai l’occasion de le souligner à nouveau lors d’une prochaine remise de prix au mois de septembre, le Réseau de valorisation de l’enseignement contribue énormément au développement de la qualité de l’enseignement dans notre université. Si l’occasion m’en est donnée, j’aurai le plaisir de participer avec enthousiasme aux différentes activités de ce Réseau, dont celles entourant ce qu’il est maintenant convenu d’appeler l’heure pédagogique.
Puis, le Bureau de la formation à distance, à commencer par le chargé de projet Claude Potvin et le coordonnateur de ce Bureau, Jean-Benoît Caron, qui n’ont jamais compté leurs heures afin que l’idée devienne de plus en plus concrète et viable. Comme le suggère la publicité sur le campus concernant Héma-Québec, nous avons eu, et nous avons encore de la veine de pouvoir travailler en collaboration étroite avec le personnel du Bureau de la formation à distance. Il ne serait pas exagéré de dire que le Bureau a été au cœur de toute l’entreprise.
Enfin, mon alma mater, La Faculté de philosophie qui, par l’entremise de son doyen, monsieur Luc Langlois, et de son ajointe administrative, madame Sylvie Raymond, ont toujours répondu avec enthousiasme et empressement à mes demandes de financement d’appoint qui ont permis de raffiner le produit final.
3- Intérêt
Université Laval
Au résultat, nous voici réunis pour célébrer la remise du prix de l’ACED, mais aussi pour souligner que déjà le cours éveille l’intérêt au sein de même de notre université. C’est ainsi que précédée par le soutien sans contredit de madame Lise Saint-Laurent, vice-doyenne aux études, le comité de programmes du BÉPPEB de la Faculté des sciences de l’éducation a récemment introduit ce cours dans son programme au titre de cours à option. Nous sommes heureux de savoir que les étudiants et étudiantes de ce programme auront accès à ce cours centré sur l’observation. En outre, étant donné l’importance de l’observation en éducation et la rareté relative de cours portant sur cet aspect, je ne serais pas surpris que d’autres directions de programme voient dans ce cours une option intéressante pour la formation du personnel à l’école.
Soulignons que le caractère exportable du site Web, notamment par le biais de son Observatoire Virtuel collaboratif, pourra peut-être inciter certains collègues à imaginer d’autres cours à distance faisant appel à l’observation, comme cela pourrait être le cas en médecine, en dentisterie, voire en relations publiques.
À l’étranger
Mais l’intérêt n’est pas à trouver uniquement dans notre université. Tout récemment, j’ai eu la chance de participer à un congrès international en philosophie pour les enfants qui s’est tenu à Mexico. À la suite de la présentation détaillée du cours L’observation en philosophie pour les enfants, plusieurs responsables de formation venant de l’Angleterre, de l’Espagne, du Chili, du Mexique et des États-Unis m’ont demandé à quel moment leurs étudiants pourraient suivre ce cours à distance. Ils y voient un outil de formation particulièrement adapté, tant pour initier les étudiants à la philosophie pour les enfants que pour les étudiants de 2 et 3e cycles qui souhaiteraient faire des recherches concernant les capacités des enfants à s’engager activement dans la pratique de la philosophie ! Reste maintenant à trouver les moyens de financer la traduction de tout ce matériel à la fois en anglais et en espagnol.
Je ne saurais terminer ce bref tout d’horizon sans mentionner le vif intérêt qu’a manifesté la direction de l’Institut de formation pédagogique de Genève afin d’offrir ce cours dans le cadre de ses programmes de formation. Par ailleurs, si mon doyen m’en donne les moyens, j’aimerais me rendre en France dès septembre afin de susciter le même intérêt et ainsi promouvoir la formation à distance au niveau international.
4- Un travail d’équipe
En terminant, je souhaite souligner qu’au moment de juger la qualité du projet, les membres de l’Association canadienne pour l’enseignement à distance avaient en main un dossier de présentation qui, bien que réunissant les principales articulations du cours, avait omis un élément extrêmement important : ce cours est le fruit d’un travail d’équipe et même, faut-il ajouter, de plusieurs équipes.
Jamais ce cours n’aurait vu le jour sans la présence d’une équipe télécapable de s’ajuster aux situations les plus inattendues. En effet, tourner pendant 18 semaines dans une école primaire, donc avec des enfants qui ont parfois des intérêts tout à fait différents de ceux de l’équipe de tournage, entraîne des situations qui demandent non seulement de la créativité, mais aussi de la patience.
Une équipe Web, réunissant concepteur, programmeurs, designers et surtout des heures innombrables à imaginer ce que peut bien vouloir dire un enseignement à distance qui se distancie de l’enseignement traditionnel dans ce domaine encore trop axé, à mon goût, sur la transmission des connaissances.
Une équipe contenu, dont le mandat était notamment d’analyser tout le matériel qui a été tourné à l’école Tourterelle afin d’en tirer le maximum d’information. Cette tâche colossale était dans les mains de Mathieu Gagnon, notre Saint-Mathieu à tous.
Il va sans dire que sans le soutien indéfectible du personnel de l’école Tourterelle, à commencer par sa directrice, madame Céline Roy, et tous les enseignants, le projet aurait peut-être pu se réaliser, mais n’aurait certainement pas eu les éloges dont il est l’objet aujourd’hui. Et il va sans dire que sans le soutien de la direction de l’école Beausoleil de Beauport, nous aurions eu beaucoup plus de difficultés à réaliser les différentes séquences introduisant et concluant chacune des émissions.
De plus, les 13 experts interviewés ont aussi grandement contribué à la qualité des émissions diffusées sur Canal Savoir. Parmi ces derniers, deux de mes collègues immédiats, Thomas de Koninck et Victor Thibaudeau, ont généreusement accepté de partager leur savoir, signifiant du même coup la qualité des rapports qui unit le corps professoral de la Faculté de philosophie.
Enfin, les 12 étudiants de notre université et un chargé de cours en philosophie pour les enfants, Marcel Savard, qui, en septembre 2004, ont participé à une première expérimentation du cours, nous ont donné l’occasion de corriger certaines lacunes et d’offrir officiellement le cours pour une première fois en janvier 2005.
Si on fait le décompte de tout ce beau monde, on arrive à plus d’une soixantaine de personnes qui, de près et jamais de loin, ont participé à la réussite de ce projet.
Et 60 personnes, c’est déjà beaucoup, mais il faut en ajouter autant, puisque plus de 60 enfants ont participé au tournage des émissions et des séquences retenues sur le Web. Des enfants dont l’âge varie entre 6 et 12 ans. Des enfants qui ont accepté sans gêne d’être filmés pour ce qu’ils sont : des personnes capables de penser par et pour elles-mêmes.
En conclusion
On dit qu’il y a plus d’idées dans deux têtes que dans une. Encore faut-il que ces deux personnes se parlent et s’écoutent. Alors quand plus de 60 personnes se réunissent avec la même conviction... Nous avons un résultat dont nous pouvons être fiers !
À toutes ces personnes, et bon nombre d’entres elles n’ont pas pu se présenter aujourd’hui en raison de la distance qui les sépare de notre université, je voudrais dire : merci !
Merci à tous et chacun de m’avoir permis de rêver et d’avoir permis que ce rêve devienne une réalité.
Michel Sasseville
24 août 2005
Lectures complémentaires :
Larochelle, Renée. Apprendre à penser... en ligne, Au fil des événements, volume 41, numéro 2, 1er septembre 2005, p. 6.
On peut consulter le guide d’étude du cours sur le site La philosophie et les enfants de la Faculté de philosophie de l’Université Laval, à partir de l’onglet « Le cours à distance ».