Intégration des TIC et nouvelle pédagogie universitaire
Une étude d’envergure a été réalisée l’hiver dernier, à l’Université de Montréal, alors que 10 214 étudiants ont participé à une consultation organisée conjointement par la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information et de la communication en éducation, le CEFES et la FAECUM. Cette étude a été financée en partie par le Fonds québécois de recherche sur la société et la culture (FQRSC).
Les principales conclusions de cette enquête sur la perception de l’usage des TIC dans l’enseignement universitaire par les étudiants ont été révélées par M. Thierry Karsenti à l’Université de Montréal, le 3 octobre 2006, dans le cadre des Grandes conférences du CEFES. Se sont également joints à cette présentation Mme Rhoda Weiss-Lambrou, directrice du CEFES, ainsi que M. Louis-Philippe Vien, représentant de la FAECUM.
Il aura fallu beaucoup de détermination de la part des sondeurs pour mener à terme cette enquête. La distribution des quelque 25 000 questionnaires, soigneusement planifiée au printemps 2005, a tout d’abord été annulée en raison du déclenchement d’une grève étudiante. Le report de l’étude à l’automne 2005 a ensuite coïncidé avec une seconde grève, cette fois orchestrée par les professeurs. Cette contrainte a incité les responsables de l’enquête à modifier la méthodologie initialement prévue pour la collecte des réponses en misant sur la possibilité de répondre aux questions en ligne. Cette décision s’est avérée bénéfique puisque 74 % des répondants (7 555) ont opté pour ce mode de consultation.
Le sondage visait à mieux connaître l’impact de l’utilisation des TIC sur l’apprentissage des étudiants à l’université. Il portait sur trois principaux aspects :
a) Les technologies les plus utilisées par les étudiants ;
b) Les outils préférés pour la réalisation des travaux ;
c) La perception des avantages pédagogiques liés à l’utilisation des TIC à l’université.
Le questionnaire préparé à l’intention des étudiants comprenait une série de questions à choix multiples visant à mesurer l’impact des TIC ou le degré d’aisance des étudiants par rapport à celles-ci ainsi que deux questions ouvertes sur l’utilisation des TIC la plus susceptible et la moins susceptible de favoriser l’apprentissage. Les chercheurs ont eu recours à un logiciel spécialisé (ALCESTE) pour mieux catégoriser, comprendre et analyser les réponses à ces deux dernières questions.
Le profil des répondants
Le profil des répondants se détaille de la façon suivante :
Fait à noter, l’enquête a été réalisée auprès de l’ensemble des Facultés et des écoles de l’Université de Montréal.
En réponse à la question relative à l’aisance d’utilisation de certaines applications, les répondants ont hissé en tête de liste le traitement de texte, le courrier électronique, la navigation dans Internet, l’utilisation des moteurs de recherche ainsi que le clavardage et les forums.
L’utilisation du tableur et des logiciels de présentation dénote un degré d’aisance satisfaisant, mais néanmoins plus pondéré.
À l’opposé, les principales difficultés des répondants sont liées à l’usage d’éditeurs de page Web.
L’environnement WebCT est utilisé avec beaucoup d’aisance par une majorité de répondants ; toutefois, 16,2 % des répondantes et 20,1 % des répondants déclarent être Pas du tout ou Peu à l’aise avec la plateforme.
Bien qu’ils ne soient consultés qu’occasionnellement ou rarement par plus du quart des répondants, les livres et les périodiques figurent toujours parmi les sources d’information très utilisées pour la recherche d’information.
Les banques de données en ligne arrivent au deuxième rang en termes de popularité.
Enfin, l’utilisation des encyclopédies virtuelles et des cédéroms ainsi que des forums de discussion sur Internet connaît un usage plus limité.
L’impact bénéfique des TIC le plus souvent rapporté par les répondants concerne l’amélioration de la présentation et de l’organisation de leurs travaux.
Une proportion majoritaire de répondants estime également que l’utilisation des TIC améliore beaucoup, ou même davantage, les trois aspects suivants :
Près du tiers des répondants n’observe toutefois que des résultats faibles ou nuls (réponses Peu ou Pas du tout) en ce qui a trait à l’impact de l’utilisation des TIC sur le feed-back des professeurs à l’égard de l’évaluation de leurs travaux.
Enfin, l’accès en ligne aux notes de cours, aux résultats des examens et des travaux, au courriel du formateur ainsi qu’à des sites Internet en lien avec le contenu du cours engendre un degré de satisfaction élevé chez les répondants, qui sont très enclins à évaluer l’impact de ces ressources sur leur apprentissage de façon positive.
L’accès en ligne aux travaux des étudiants de sessions antérieures ainsi que la possibilité de pouvoir communiquer ou débattre en ligne sur des sujets du cours suscitent pour leur part un intérêt moins élevé.
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Les deux questions ouvertes portant sur les technologies susceptibles de favoriser - ou non - les apprentissages
Les répondants ont signalé cinq principaux usages des TIC susceptibles de favoriser leur apprentissage.
En parallèle, les répondants ont également mis en relief quatre usages des technologies moins susceptibles de favoriser l’apprentissage.
En somme, l’étude réalisée auprès des étudiants à l’Université de Montréal a permis d’observer que, dans l’ensemble, les étudiants étaient bien outillés pour utiliser les technologies dans leur formation. Ils sont également très sensibles à la façon dont on emploie ces technologies dans la mesure où ils estiment que la valeur pédagogique des TIC est essentielle à leur intégration. Comme l’indique le chercheur principal, Thierry Karsenti, l’important aux yeux des étudiants n’est pas la présence ou non des TIC en pédagogie universitaire, mais bien l’usage qu’on en fait.
Dans un contexte où les technologies sont de plus en plus présentes à l’Université, Thierry Karsenti nous précise que « cette étude est fort importante dans la mesure où elle a permis de mieux comprendre les TIC qui semblent être plus appréciées par les étudiants et qui ont un impact positif sur leur réussite éducative, tout en illustrant les usages les moins populaires ou les moins susceptibles de favoriser leur apprentissage. Ces résultats, obtenus dans le cadre de l’une des plus importantes études sur les TIC en pédagogie universitaire réalisées en Amérique du Nord et en Europe, devraient fournir d’importantes pistes pédagogiques à tous les formateurs universitaires. »
La Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information et de la communication en éducation, la FAECUM et le CEFES mènent actuellement des entrevues de groupe afin de mieux comprendre certains résultats de l’étude. Un rapport détaillé de l’ensemble de la recherche est attendu en mai 2007.
Par Anne-Mireille Bernier avec la collaboration de Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les TIC et l’éducation.