Profetic

Intégration des TIC et nouvelle pédagogie universitaire

Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec

Conserver cet article

fils rss

Rechercher

Nicole Perreault, conférencière invitée à l’atelier sur le plagiat électronique de la CREPUQ

Des conférences sur le plagiat électronique, elle en a donné plusieurs. Devenue une référence en la matière depuis quelques années, Nicole Perreault a accepté de prononcer la première conférence d’ouverture de l’atelier du Sous-comité sur la pédagogie et les TIC de la CREPUQ consacré à cette thématique le 29 octobre prochain.

« Portrait et enjeux du plagiat électronique dans les universités québécoises », c’est le titre de la conférence qu’elle présentera aux participants réunis à l’Université du Québec à Trois-Rivières et à ceux qui assisteront à l’événement à distance par conférence Web.

Nous avons rencontré Nicole Perreault, animatrice du réseau des répondants TIC au collégial, pour vous présenter son parcours et ses réflexions sur le phénomène du plagiat électronique qu’elle connaît bien. Nous avons profité de l’occasion pour recueillir ses propos sur les quatre autres thèmes des conférences d’ouverture qui suivront la sienne. Portrait et espoirs de Nicole Perreault.

Une communauté de pratique en « TIC »

Passionnée de pédagogie et de technologie, Nicole Perreault a déjà été enseignante et conseillère en technologies éducatives dans le réseau collégial. C’est depuis 2005 qu’elle occupe les fonctions d’animatrice du Réseau des répondants TIC aujourd’hui hébergé par la Fédération des cégeps. Créé en 2002 à l’initiative du ministère de l’Éducation, ce Réseau regroupe les conseillers en technologies éducatives du réseau collégial et met différents outils à leur disposition pour partager leurs interrogations, leurs découvertes et leurs travaux.

Nicole Perreault se souvient encore de la première rencontre du REPTIC en novembre 2002. Elle continue à se réjouir de l’intérêt des premiers dossiers alors priorisés, dont le profil TIC des étudiants, auquel elle attache une importance particulière encore aujourd’hui. Pour elle, le Réseau constitue une véritable communauté de pratique. Sa liste de diffusion permet notamment aux répondants TIC de lancer un appel à tous pour obtenir des informations sur des sujets précis : « Tout le monde participe à l’élaboration des connaissances. Il y a vraiment l’esprit de communauté de pratique, de partage, où on se dit que « un plus un égale trois » », illustre Nicole Perreault.

Un thème en émergence

L’intérêt de Nicole Perreault envers les différentes facettes du plagiat électronique s’est révélé un peu par hasard, avoue-t-elle avec modestie. Conseillère en technologies éducatives au Collège Édouard-Montpetit, elle avait déjà commencé à colliger de l’information sur le sujet lorsqu’on lui a demandé de rédiger un article sur cette forme de plagiat dans le Bulletin Clic [1] du réseau collégial en 2003 (« Le plagiat avec Internet, des solutions », no 51, octobre 2003). À l’époque, le plagiat ne faisait pas l’objet de discussions ni de débats particuliers.

Quelques années plus tard, le carrefour québécois pour l’intégration des TIC en enseignement collégial, mieux connu sous le nom de Profweb, la sollicite pour écrire un dossier complet sur le thème du plagiat électronique. Nicole Perreault accepte et son dossier sera publié en janvier 2007. Il sera consacré au plagiat et aux autres formes de triche à l’aide des TIC ainsi qu’aux moyens de les prévenir et de les détecter. De fil en aiguille, l’expertise qu’elle développe sur la question du plagiat électronique l’amène à faire une tournée de conférences dans les cégeps du Québec, périple qui l’a même conduite en Belgique l’an dernier.

Si le plagiat a toujours existé, il prend maintenant des formes plus complexes, indique Nicole Perreault. Il est cependant difficile d’évaluer l’ampleur actuelle du phénomène, tout comme de suivre son évolution depuis l’entrée dans l’ère du numérique, comme il existe peu de données disponibles sur le sujet. Ces données tendent à montrer que l’incidence du plagiat électronique est similaire dans les universités, les collèges et les écoles secondaires. Toutes les disciplines sont affectées par le phénomène : « D’ailleurs, les sites consacrés à l’achat de travaux scolaires le reflètent bien, que ce soit en histoire, en géographie, en science politique, en sciences de la santé. Il est possible de s’acheter des travaux scolaires peu importe la discipline dans laquelle on étudie », souligne l’animatrice.

Ce qui a changé, c’est la facilité d’accès à une quantité impressionnante de documents numériques. Pour les enseignants, il devient plus difficile de détecter les sources non citées dans les travaux de leurs étudiants parmi les millions de ressources accessibles sur le Web. L’accessibilité accrue aux travaux réalisés au cours des sessions antérieures vient également compliquer la tâche des enseignants.

Nicole Perreault est réaliste. Si le Web a contribué à démocratiser la connaissance, le plagiat électronique représente l’envers de la médaille, moins reluisant, celui-là : « Le Web, c’est la démocratisation de la connaissance et je suis [entièrement] d’accord avec cela. Mais en même temps, c’est comme pour toute belle invention, il y a des forces et des faiblesses : l’accès à la connaissance d’une part, l’abus qu’on peut en faire d’autre part » explique-t-elle.

Dans le cadre de l’atelier de la CREPUQ auquel elle participera le 29 octobre prochain, quatre autres thèmes feront l’objet des conférences d’ouverture qui suivront la sienne : l’évaluation des apprentissages, les compétences informationnelles, la détection du plagiat et les enjeux du plagiat pour les administrations universitaires. Voici une synthèse des réflexions de Nicole Perreault pour chacun.

Évaluer et prévenir

Le second thème abordé dans le cadre des conférences d’ouverture concerne l’évaluation des apprentissages. Louise Arseneault, consultante spécialisée en évaluation ou en statistique à la Direction de la Faculté de médecine de l’Université Laval, présentera une conférence intitulée « L’évaluation des apprentissages : les pratiques universitaires encouragent-elles ou non le plagiat ? ».

En matière d’évaluation, Nicole Perreault observe que les travaux de recherche sont intégrés à une majorité d’évaluations dans le réseau collégial. Ces travaux cherchent à valider la maîtrise des connaissances et des compétences dans un cours et dans une discipline donnés. Cependant, une autre approche a fait ses preuves pour décourager le plagiat électronique, affirme-t-elle. Il s’agit de l’approche « portfolio », qui intéresse de plus en plus d’enseignants du collégial en leur permettant d’évaluer les étapes intermédiaires de la rédaction d’un travail final, au lieu de n’évaluer que ce dernier.

Une autre stratégie préventive consiste à demander aux étudiants de rédiger une partie de leur travail en classe : « Ça permet de comparer les styles, de voir si l’étudiant maîtrise bien son sujet de recherche », fait valoir Nicole Perreault. Elle ajoute que la présentation orale d’un travail reste une autre stratégie d’évaluation efficace pour prévenir le plagiat.

Le « contrat de non-plagiat » peut aussi avoir un effet dissuasif, même s’il est difficile d’obtenir des données sur l’efficacité d’un tel moyen. Dans ce contrat, on trouve une définition du plagiat et des informations sur les moyens de le prévenir : « un étudiant qui pose sa griffe en disant « je promets de ne pas plagier », qui remet et signe son travail en disant « ce document ne contient aucune source non citée », je pense que ça peut en dissuader beaucoup d’avoir recours au plagiat », croit-elle.

Vers un retour aux sources

La troisième conférence d’ouverture concerne le rôle des compétences informationnelles dans la prévention du plagiat. Line Cormier, directrice à la Direction des bibliothèques et du soutien technologique à l’enseignement de l’Université du Québec (siège social), prononcera une conférence intitulée « Développer ses compétences informationnelles : un moyen de prévention efficace ! ».

Selon Nicole Perreault, la méconnaissance des règles de citation expliquerait une part significative des cas de plagiat, même si on ne peut la chiffrer. Cette méconnaissance peut être attribuable à une croyance largement partagée chez les étudiants, selon laquelle ils devraient remettre un travail « original ». La citation des sources serait perçue comme un manque d’originalité, une incapacité de l’auteur à assumer son propre discours, au lieu d’une valeur ajoutée au travail : « C’est comme si les étudiants ne savaient pas que, quand je cite une source, d’autant plus si elle est crédible, ça vient donner de la valeur à mon travail. Il y a tout ce travail de sensibilisation à faire sur la valeur qu’on donne à la citation de sources qui sont crédibles », reconnaît l’animatrice. Plutôt que l’originalité, que l’on peut attendre d’un travail de maîtrise, voire de doctorat, c’est la capacité de chercher de l’information, de l’analyser et de la traiter qui devrait servir de critère d’évaluation.

De l’avis de Nicole Perreault, les enseignants devraient sensibiliser leurs étudiants à l’importance de bien citer leurs sources dès le primaire et ce, jusqu’aux programmes de formation continue. Elle fait valoir que très tôt, les enfants sont invités à ajouter des images récoltées sur le Web dans leurs travaux, de sorte que des comportements à risque peuvent être perpétués pendant des années en l’absence d’information adéquate sur la propriété intellectuelle.

Par ailleurs, elle croit que l’appropriation du contenu d’autrui serait facilitée par l’anonymat des informations parfois véhiculées. Par exemple, les définitions disponibles sur le site Wikipédia ont été co-construites et ne sont attribuées à aucun auteur particulier. Cela fait en sorte de créer un faux sentiment de partager la propriété de tout ce qui se trouve sur le Web. Il est plus difficile d’éprouver ce sentiment lorsqu’on cite à partir d’un livre qui porte clairement le nom de l’auteur et la date de publication.

Les nouveaux surveillants ?

La quatrième conférence d’ouverture est consacrée à la question de la détection du plagiat électronique par l’usage de logiciels créés à cette fin. Élisabeth Haghebaert, coordonnatrice du Centre d’aide à la réussite à l’Université du Québec à Rimouski, présentera une conférence intitulée « S’équiper contre le plagiat électronique : récit d’une expérience à l’UQAR ».

JPEG - 61.5 ko
Signet produit par la CEST

Nicole Perreault rappelle les réticences soulevées par la Commission de l’éthique de la science et de la technologie (CEST) [2] concernant le recours à des logiciels de détection du plagiat pour contrer le plagiat électronique. Parmi ses réserves, la CEST estime que ces logiciels présument de la culpabilité de l’étudiant, alors qu’on doit plutôt le considérer non coupable jusqu’à preuve du contraire.

Elle compare l’utilisation d’un logiciel de détection à la présence d’un surveillant dans une salle d’examen. Sa présence pourrait indiquer que les étudiants soient « présumés » à risque de plagiat. La différence entre le surveillant et le logiciel, c’est que le logiciel peut « surveiller » un travail réalisé hors de la salle de classe.

Par ailleurs, les logiciels de détection du plagiat ne serviraient pas qu’à la détection, mais pourraient également être utilisés à des fins de prévention. Nicole Perreault cite le cas d’un collège où l’on demande aux étudiants de soumettre eux-mêmes leur travail au logiciel pour s’assurer qu’il ne comporte pas de traces de plagiat.

Des enjeux à ne pas négliger

La cinquième conférence d’ouverture abordera les enjeux du plagiat électronique pour les administrations universitaires. Diane Demers, professeure au Département des sciences juridiques de la Faculté de science politique et de droit de l’Université du Québec à Montréal, présentera une conférence intitulée « Les enjeux institutionnels du plagiat : quels moyens pour quels objectifs ? ».

Au collégial, Nicole Perreault estime que l’enjeu principal est de taille : « s’assurer que les diplômes qui sont remis reflètent bien les apprentissages faits par les étudiants ». Plusieurs établissements d’enseignement collégial en sont actuellement à revoir leurs politiques en matière de plagiat, souligne-t-elle. La concertation à l’intérieur d’un établissement lui paraît incontournable dans l’élaboration d’une politique qui s’appliquerait à tous les programmes d’étude. Elle souligne toutefois l’importance de ne pas favoriser une « chasse aux sorcières » en évitant de présumer de la culpabilité des étudiants en matière de plagiat.

À l’heure actuelle, les REPTIC travaillent à l’implantation d’un profil TIC des étudiants à l’intérieur des cégeps. Il s’agit d’un profil qui décrit les habiletés TIC et informationnelles que l’étudiant devrait maîtriser au terme de sa formation collégiale. Ces habiletés portent sur la recherche d’informations, aux façons de traiter et de présenter ces informations ainsi qu’à la collaboration et au travail à distance. Le plagiat fait partie des thèmes intégrés à ce profil. Certains collèges vont délivrer une certification TIC aux étudiants qui auront suivi ce profil avec succès.

Afin d’outiller les enseignants, un site Web appelé « InukTIC » a été développé grâce à une subvention du fonds Inukshuk visant à améliorer le contenu et la connectivité relativement à Internet et à l’apprentissage. Public et gratuit, ce site permet d’évaluer ses habiletés informationnelles et en TIC et d’accéder à une foule de ressources destinées à les accroître.

Le plagiat électronique : une discussion à poursuivre

Nicole Perreault se réjouit de constater que le thème du plagiat électronique suscite un intérêt croissant dans les établissements d’enseignement postsecondaire. Si ce thème n’était pratiquement pas abordé il y a cinq ans à peine, de plus en plus d’acteurs du milieu de l’éducation se sentent concernés par le phénomène et y accordent dorénavant l’attention requise.

Dans ce contexte, Nicole Perreault estime que « l’atelier offert par la CREPUQ tombe pile ». L’animatrice sent qu’un vent de concertation souffle sur les établissements d’enseignement à la recherche de solutions gagnantes pour faire face au plagiat électronique

« Ce sont de beaux défis », lance-t-elle. « Ça ne fait pas si longtemps qu’on s’y penche de façon plus systématique. Il y a déjà des avenues qui ont été proposées, qui ont été ouvertes ». À vous de les découvrir lors de l’atelier sur le plagiat électronique de la CREPUQ le 29 octobre prochain !

Vous voulez assister à la conférence de Nicole Perreault et à d’autres conférences sur le plagiat électronique ? Inscrivez-vous en ligne à l’atelier organisé par le Sous-comité sur la pédagogie et les TIC de la CREPUQ ! La date limite d’inscription est le 22 octobre 2009.

Le programme de l’atelier et toutes les informations concernant l’inscription sont disponibles à l’adresse : http://www.profetic.org/ateliers

Par Geneviève Caillé
Chargée de recherche, CREPUQ

Voir en ligne : http://www.profetic.org/spip.php?ru...

Notes

[1] Il s’agit du bulletin collégial des technologies de l’information et des communications (TIC) dont la réalisation est rendue possible grâce au Centre collégial de développement de matériel didactique, à Cégep@distance, Profweb et la Vitrine Technologie-Éducation.

[2] La Commission a produit un avis sur le plagiat électronique en 2005.

Banque documentaire

cc

Accueil | Plan du site | Espace privé