Intégration des TIC et nouvelle pédagogie universitaire
Portrait de deux Bavarois venus effectuer un stage à Montréal grâce au programme d’échanges de stagiaires Québec-Bavière
« Pour être honnête avec vous, le Canada ne représentait pour moi qu’une tache blanche sur la carte du monde », avoue Gesine Dorschner. Sa vision a changé depuis qu’elle s’y est rendue, même si elle a dû travailler fort durant son séjour. Elle sort de sa poche, pour preuve, un tout petit cahier qui semble très précieux. « Mon travail de fin de stage à Montréal », nous informe la jeune infographiste. « J’ai tout confectionné moi-même : les photos, la mise en page, l’impression. Le montage et la reliure aussi. » En Allemagne, il serait inconcevable, pense-t-elle, que l’on puisse passer par toutes les étapes d’un métier, de l’imprimerie à la reliure, pendant les études. À l’Université Concordia, où elle a étudié l’automne passé pour une période de trois mois, cela fait partie des cours pratiques.
Gesine Dorschner, de Munich, est l’une des trois étudiants bavarois qui ont pris part, à Montréal, à un projet d’échange et de formation continue dans le secteur des médias, et ce, dans le cadre de la coopération entre l’État libre de Bavière et la province canadienne du Québec. « Notre programme est consacré aux étudiants et aux jeunes travailleurs des domaines de la télévision, de l’animation, des effets visuels et de la communication », indique Barbara Straßmeier de MedienCampusBayern e.V., qui s’occupe de l’échange avec le Québec. En plus des cours à l’Université anglophone Concordia - où la participation à des cours intensifs de langue française est obligatoire - les étudiants effectuent des stages dans le secteur des médias au Québec. Un catalogue présentant différents organismes et entreprises permet aux étudiants de choisir le lieu de leur stage.
Les étudiants profitent de cet échange, ne serait-ce que pour l’aspect professionnel, affirme Dorschner. Elle arrive à présent à se servir tout autrement de l’imprimerie : « On ne peut plus me jouer de tour à ce niveau. » La jeune femme de 29 ans croit que c’est à Montréal qu’elle a réellement pris conscience de son potentiel : « Le Canada m’a rendue courageuse. C’est avant tout la liberté artistique que je pouvais saisir et vivre pleinement à l’Université qui me permit de me concentrer sur le plus important. » Elle dit avoir été contaminée par la manière de travailler décontractée, mais néanmoins consciencieuse, des Canadiens.
Tout juste après son retour à Munich, Gesine Dorschner a fondé sa propre entreprise située dans le quartier Glockenbach, qu’elle a nommée fraudorschner.de ; les premiers succès sont déjà confirmés. Pourtant, elle nous explique, en hochant la tête, qu’elle avait pratiquement annulé son vol pour le Canada. « J’avais déjà une liste complète d’excuses toutes prêtes pour ne pas aller à l’Université Concordia, à Montréal. »
Le séjour au Canada de Christoph Keimel s’est aussi soldé par un succès. « J’ai été accueilli chez Quatre Zéro Un, une compagnie de production de films publicitaires de Montréal, d’une manière incroyablement amicale », raconte l’étudiant de la Hochschule für Film und Fernsehen (École d’enseignement supérieur pour le cinéma et la télévision) de Munich. « Ils m’ont même soutenu dans ma recherche de logement. » Le jeune homme de 28 ans mentionne avoir postulé pour cet échange parce qu’il désirait parler français à nouveau et parce qu’il était attiré par le Québec ainsi que par sa culture francophone. De plus, il nous informe que Montréal est connu pour son expertise « dans les domaines de l’animation et de la post-production numérique ».
« En fait, je voulais élargir mon réseau de contacts d’affaires, mais finalement j’ai renouvelé mon regard », nous résume le caméraman. « J’ai énormément appris sur l’aspect artisanal du métier de cinéaste. » Keimel a été impressionné de manière durable par les cours offerts à l’Université Concordia, mais la mentalité des Montréalais lui a aussi plu : « Cette expérience a ravivé la passion pour mon métier, qui était en train de s’éteindre à Munich. »
Süddeutsche Zeitung, Münchenteil, 24 mars 2004, p. 40
Traduction
Marjolaine Mineau/Claude Trudelle
Bureau du Québec à Munich
Le 6 avril 2004